fbpx

Elle veut lui vendre ses parts, il refuse : elle touche le jackpot

chronique article

CHRONIQUES DU NOTARIAT – Épisode 01

[Par souci de confidentialité, les noms et prénoms des personnes citées ont été modifiés.]

On a coutume de dire que pour réussir dans la vie il faut se battre… mais parfois une petite dose de chance est la bienvenue ! 

Céline B. est notaire salariée depuis de longues années et elle nourrit de grandes ambitions. Son rêve ? Le même que beaucoup de personnes dans sa situation : devenir notaire associée

Un rêve à portée de main ?

Mais Céline a une contrainte (et non des moindres) : elle habite dans une ferme isolée du reste du monde et elle souhaite absolument y rester. Pourquoi ? Pour continuer à vivre aux côtés de son mari, agriculteur de son état, qui exploite une propriété au fin fond de l’Ardèche.

Très peu d’opportunités s’offrent donc à elle. Toutefois – premier coup de chance – elle repère une annonce publiée par Maître Michel G., un notaire associé qui part à la retraite et qui vend ses parts dans une Étude située pas très loin de chez elle. Son rêve est sur le point de devenir réalité…

Mais Céline ne se doute pas encore qu’elle va mettre les pieds dans un véritable imbroglio familial. 

La grande famille du notariat

En se renseignant, Céline apprend que l’Étude est en fait issue de la fusion de deux anciennes Études : l’une possédée par Michel G. (le futur retraité qui vend ses parts) et l’autre par Pascal G., qui n’est autre que le fils de Michel G.

Vous commencez à voir venir l’imbroglio en question ?

Céline, malgré ses réserves, décide de s’associer au fils en rachetant les parts du père. Après tout, l’Étude est florissante : “Le chiffre d’affaires et le taux de rentabilité supérieur à 30% auraient convaincu n’importe qui”, confie-t-elle.

La mariée était trop belle

Céline se retrouve donc associée à 40% d’une Étude multi-offices répartie sur trois sites, dont deux gérés par elle. L’aboutissement d’une carrière, enfin ? Pas vraiment. Comme dans tout bon thriller, l’héroïne va vite déchanter et la satisfaction sera de courte durée.

Derrière le rideau pimpant des bilans financiers, c’est la désillusion. Une équipe réduite surexploitée, sous-payée, pas assez formée et démotivée par des horaires délirants. Avec évidemment l’ambiance de travail moribonde qui en découle. En plus, les locaux sont vétustes et leur emplacement précis se révèle peu attractif. Sans compter que Céline se retrouve à courir en permanence entre les deux offices qu’elle supervise. 

Bref, ce n’est pas du tout ainsi que Céline imaginait sa vie de notaire associée… 

En outre, elle s’aperçoit vite que les différences de point de vue et de valeurs, entre elle et son nouvel associé, sont irréconciliables. Pas le choix, il faut serrer les dents. Mais après quatre ans de cette situation tendue, c’en est trop : Céline décide de revendre ses parts. 

D’un rêve à l’autre

Premier réflexe (sain) : elle propose à son associé de racheter ses parts. Après tout, c’étaient les parts de son père à la base. Et puis, Céline se dit que c’est un bon moyen d’accélérer la vente. Le prix qu’elle lui propose est plus qu’honnête : le prix initial d’achat + un taux d’actualisation sur quatre ans. 

Mais rien n’y fait, Pascal G. refuse tout de go, prétextant un prix trop élevé. Qu’à cela ne tienne, elle va mettre ses parts sur le marché et les vendre au plus offrant.

C’est alors que la question géographique revient sur le tapis. Car, si Céline voulait absolument trouver une étude dans ce coin précis d’Ardèche, ce n’est apparemment pas le cas de tout le monde. Toutes les personnes qui répondent à son annonce sont immédiatement refroidies en découvrant l’emplacement exact des offices. Toutes, sauf une…

C’est là qu’entre en scène Jérôme H.

Jeune et ambitieux,  il n’est pas réticent à l’idée de s’installer dans cette contrée un peu reculée. Et puis finalement, il ne serait qu’à 45 minutes de route de la gare TGV de Valence, donc à 3h environ de Paris, en s’organisant bien. Ce n’est pas si terrible. 

Jérôme semble ultra-motivé, à tel point qu’il fait une offre d’achat au prix proposé par Céline, bien au-dessus du prix refusé initialement par son associé. Nouveau coup de chance pour Céline, qui s’apprête à signer, pour un prix qui dépasse toutes ses espérances.

Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu…

Ne jamais vendre la peau de l’ours…

Non, tout ne va pas se passer comme prévu pour Céline et Jérôme. Car l’associé de Céline, Pascal, dispose d’un droit de préemption. Autrement dit, il a le droit de racheter les parts à la place de l’acquéreur, à une condition : qu’il les achète au même prix que lui. 

Et c’est donc, contre toute attente, ce qu’il décide de faire. Il se retrouve ainsi à payer les parts de Céline beaucoup plus cher que le prix qu’elle lui avait initialement proposé. Joli coup de poker pour Céline, mais gros coup de cafard pour Jérôme. 

« Honnêtement , j’ai eu de la peine pour Jérôme H.”, confie Céline. “Il avait tout préparé, réorganisé sa vie, trouvé du financement. Et d’un coup, il s’est retrouvé sans rien, sans perspective. Mais les affaires sont les affaires. On ne peut pas gagner à tous les coups.” 

Et encore, ce n’est pas tout ! Céline s’apprêtait à faire une nouvelle révélation… 

Un détail qui enfonce le clou

Il y a un point de l’histoire que Céline avait gardé sous silence jusqu’ici : en réalité, à l’origine, elle n’a jamais acheté les parts au père… mais au fils !

Pourquoi ? Parce que le vénérable Michel G. est décédé une semaine avant la vente. C’est donc son fils Pascal (le futur associé de Céline) qui a hérité des parts de son père – et qui a été immédiatement contraint de les vendre à Céline au prix négocié par son père, en payant là-dessus des droits de succession ! Pour, au final, les racheter quatre ans plus tard au prix fort à cette même Céline. 

Eh oui, que serait un bon thriller sans twist final ?