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Notariat : quand le job de rêve se transforme en cauchemar

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CHRONIQUES DU NOTARIAT – Épisode 02

[Par souci de confidentialité, les noms et prénoms des personnes citées ont été modifiés.]

Vous avez choisi de travailler pour une Étude notariale en pensant que c’était le job idéal et vous avez réalisé que vous vous étiez totalement trompé(e) ? Rassurez-vous : vous n’êtes pas seul(e) à avoir pris la mauvaise décision lors de votre recherche d’emploi. Heureusement, il est toujours temps de corriger le tir… et d’en tirer des enseignements. Découvrez l’histoire de Sophie P., rédactrice d’acte, éclairante à bien des égards… 

“On ne se rend pas compte tout de suite qu’on s’est planté d’Étude”

On est immédiatement touché par la sincérité de Sophie. La quarantaine, très souriante et accessible, on peut voir tout de suite que les rapports humains sont quelque chose d’important pour elle. Elle le confirme rapidement par ses propos : “J’ai accepté le poste dans cette Étude car j’ai eu un très bon feeling avec le notaire. Humainement parlant, j’avais l’impression que ça matchait parfaitement.” Avant d’ajouter avec un sourire : “Il ne m’a pas trop parlé du poste d’ailleurs, ça aurait du me mettre la puce à l’oreille.”

Mais Sophie à l’habitude de faire confiance à son instinct. Après tout, le notaire est un ami d’ami, le poste a été créé juste pour elle et elle sera à 100% en télétravail (alors même que la crise du Covid n’a pas encore démarré), avec un salaire très correct à la clé. Autant dire que c’est le rêve !

“C’est devenu un cauchemar”

Au début tout allait bien, puis rapidement les indices se sont accumulés… “J’aurais dû mener ma petite enquête en amont sur l’Étude. J’ai été assez naïve, je dois bien l’admettre.” En effet, Sophie découvre que l’Étude à enregistré dix démissions en un an. “Un conseil : si le turnover est à ce point disproportionné, fuyez !”

Mais Sophie est une battante, elle ne lâchera rien. Pas son genre. Alors elle se retrousse les manches. Elle ne sait pas encore qu’elle sera la seule à le faire.

“La charge de travail était démentielle”, confie-t-elle, ce qui pourrait passer si l’équipe était bien managée et organisée. Mais ce n’est pas le cas : les luttes intestines prennent une part trop importante de l’énergie des patrons.

“Les associés passaient leur temps à se tirer dans les pattes. L’ambiance de travail était catastrophique. Je le ressentais même à distance !”

Et pour quelqu’un d’aussi empathique que Sophie, une telle atmosphère, cumulée à un manque total de reconnaissance, voilà qui commence à peser.

“L’impression d’être la seule à travailler”

Sophie possède quelque chose d’incompatible avec cette Étude : une conscience professionnelle. Résultat : elle se retrouve paradoxalement en première ligne pour les reproches, mais pas pour les félicitations. 

“Je subissais beaucoup de remontrances, de critiques non constructives, de discours à charge. J’avais complètement perdu confiance en moi. Les autres collaboratrices étaient épargnées puisqu’elles ne faisaient rien. Et je ne pouvais pas bien me défendre car j’étais à distance, à plus de 600 kilomètres. J’ai vécu une véritable injustice.”

Comble de l’injustice, on ne lui paie même pas ses heures supplémentaires (qu’elle ne compte plus) : “Ils rémunéraient en heures sup uniquement les personnes qui bossaient le samedi, alors qu’en semaine elles avaient des horaires de fonctionnaires et quittaient le bureau à 17 heures. Ça me rendait folles que la direction n’y voie que du feu.”

Pourtant Sophie essaie maintes fois d’ouvrir les yeux de son supérieur direct à propos de la gestion catastrophique de son équipe. Sans succès. Elle commence alors à comprendre que ce type de management empiète sur son bien-être et sa qualité de vie.

“Je sais, j’aurais dû partir plus tôt mais…

Sur le moment, Sophie pense à ses quatre enfants. Impossible de partir sans assurer ses arrières. Et puis, cet environnement toxique l’a convaincue à tort qu’elle était “nulle”, qu’elle ne pourrait pas réussir ailleurs.

Alors elle serre les dents. Et elle tient. Deux ans. Deux années à résister dans cette Étude qui la pousse à la dépression.

Le début du ras le bol ? Lorsqu’on lui demande de manager à distance une collaboratrice qui gagne plus qu’elle et travaille deux fois moins : “Une fois, lors d’une réunion en visio, j’ai vu tomber un AirPod de son oreille, de la musique s’en échappait. Elle avait caché des écouteurs sans fil sous ses cheveux.” 😑

Sophie n’a pas le statut de cadre, elle n’a pas envie de se retrouver dans le rôle d’une pionne de collège. Mais elle encaisse. 

Elle se souvient aussi d’un Noël où elle n’a pas pu préparer le repas avec sa famille à cause du boulot. ”Sur la fin, je me réveillais la nuit en sursaut parce que j’avais oublié de faire telle ou telle tâche. Je décrochais mon téléphone le mercredi (alors que c’était mon jour off) ou le week-end, au lieu de m’occuper de mes enfants. Je n’avais plus aucune vie privée.”

“Cette fois, j’arrête !

Le week-end de leur anniversaire de mariage, le mari de Sophie décide alors de prendre les choses en main : “Tu poses tout, tu déconnectes.” Il a réservé une petite maison loin des problèmes de Sophie. Pour elle, c’est une grosse prise de conscience : “C’est là-bas que j’ai compris que je souffrais d’une addiction au travail, que c’était maladif. Plus jamais je ne veux vivre quelque chose comme ça. J’étais bouffée par mon travail. Impossible de bien faire, impossible de tout faire…”

Sophie décide alors de sauter le pas. Elle s’apprête à démissionner. “Mon médecin m’a tout d’abord mise en arrêt maladie, jusqu’à ce que je retrouve un sommeil normal, une tension normale. Il était vraiment inquiet. Mon organisme était déréglé.”

À son retour, elle explique à son boss qu’elle n’en peut plus, qu’elle est à bout. Cela a-t-il  provoqué chez lui une remise en question ? “Absolument pas. Il clamait partout que j’avais fait un burn-out. Comme s’il m’accusait de faiblesse et rejetait la faute sur moi. Comme s’il n’en était pas la cause.”

“Pourquoi pas l’intérim ?

Après cette fâcheuse expérience, Sophie se remet en selle rapidement. Après tout, elle se sent maintenant armée contre toutes les situations ! Alors elle enchaîne sur un nouveau poste en télétravail. “J’ai trouvé un poste dans la seule Étude déficitaire de France, ajoute-t-elle dans un éclat de rire. Une catastrophe. J’y suis restée deux mois à peine. Je me suis demandé si je n’étais pas la clerc de notaire la plus malchanceuse sur le marché.”

C’est alors qu’une amie à elle lui parle de l’intérim dans le notariat. “Honnêtement, j’ai hésité. En particulier, j’étais réticente à l’idée de revenir au régime général de la sécurité sociale. Mais au final on s’y retrouve largement.”

Aujourd’hui Sophie semble sereine et épanouie : “J’ai décidé de rejoindre LIONS il y a quatre mois et l’ambiance est totalement différente. Je suis très contente, ça redonne foi en la profession. Les heures supplémentaires sont rémunérées. Tout est encadré. C’est comme un filtre, un pare-feu. Et en tant qu’intérimaire, je suis vue comme une sauveuse ! Je suis enfin reconnue à ma juste valeur,” confie-t elle, tout sourire.

Un “happy end” comme on les aime 🙂